Communication affirmée : ce que la Pologne m’a appris sur notre façon de (ne pas) parler
La communication affirmée — directe, explicite, engagée — est souvent perçue comme une qualité rare en France. Pourtant, il suffit parfois de travailler avec des personnes d’une autre culture pour réaliser ce qui bloque vraiment dans nos échanges professionnels. J’ai invité Franck, un Français qui vit et travaille en Pologne depuis de nombreuses années, pour décrypter ce que la communication franco-polonaise révèle sur nos angles morts au travail.
Retenez trois choses : les Polonais sont directs et tiennent leurs engagements — quand ils disent qu’ils font quelque chose, ils le font. Les Français sont implicites et cultivent la forme — au point que l’information essentielle se perd souvent dans la courtoisie. Et apprendre à rendre sa communication plus explicite rend service à tout le monde, quelle que soit la culture d’en face.
Je m’appelle Maria Kulas, je suis franco-polonaise. J’ai grandi en Pologne, j’ai reçu la nationalité française par naturalisation après le Covid, et je vis aujourd’hui en Normandie. La communication interculturelle, ce n’est pas une théorie pour moi — c’est mon quotidien depuis que j’ai quitté Varsovie. Et c’est au cœur de ce que j’enseigne dans mes cours de négociation.
Communication affirmée : ce que les Polonais font naturellement
Ce qui a frappé Franck dès son arrivée en Pologne, c’est le mélange surprenant entre une communication directe et des formes de politesse très marquées. Un Polonais peut vous dire que vous avez fait une erreur en vous appelant « Monsieur Franck » — et pour quelqu’un habitué au style français, ça déroute. On perçoit une contradiction là où il n’y en a pas : en Pologne, la politesse et la franchise ne s’excluent pas.
Quand un accord est conclu avec un Polonais, il est tenu. Pas de « je reviens vers toi dès que je peux » — qui en réalité ne veut rien dire. Si vous lui dites « on fait ça ensemble », il s’y met. Et il attend de vous exactement la même chose. C’est ce que Franck appelle « je dis donc je fais » — et c’est une forme d’affirmation de soi profonde, parce qu’elle engage la parole donnée comme une ressource de confiance.
Ce que le mail professionnel révèle des styles de communication
Franck m’a donné un exemple concret qui m’a beaucoup fait réfléchir. Un email polonais sur un même sujet prend en moyenne deux phrases. Un email français en prend quatre à cinq — voire davantage. Même information, même urgence, même contexte professionnel.
Pourquoi ? Parce qu’en France, on enveloppe. On commence par « Bonjour, comment allez-vous ? » — même dans un email professionnel — avant d’arriver au sujet. Et cette enveloppe, les Polonais ne la lisent même plus. Pour eux, ce qui compte c’est : quel est le problème, qu’est-ce qu’on fait, pour quand ? Tout le reste est du bruit.
Le résultat, quand ces deux styles se rencontrent sans qu’on en soit conscient : des malentendus, des engagements qui semblent pris mais ne le sont pas, des Polonais qui pensent que leurs collègues français ne finissent jamais ce qu’ils commencent, et des Français qui trouvent leurs collègues polonais froids ou brusques.
L’explicite comme compétence de communication affirmée
Ce que Franck a appris dans sa pratique de coach interculturel — et que j’enseigne aussi dans mes formations — c’est qu’une grande partie des tensions vient du non-dit et de l’implicite. La solution, c’est de rendre les choses explicites. Pas de manière agressive — de manière claire.
Quelques exemples concrets qu’il partage avec les managers français expatriés : reformuler pour vérifier la compréhension (« J’ai compris que tu vas faire X pour vendredi — c’est bien ça ? »), poser des questions de précision (« Ça c’est moi qui le fais, ou c’est toi ? »), et ne pas quitter une réunion tant que tout ce qui devait être dit ne l’a pas été.
Ces habitudes, ce sont exactement les mêmes que celles que je développe dans mes accompagnements sur la confiance en soi — parce que la communication affirmée commence par la capacité à dire clairement ce qu’on pense, ce qu’on veut et ce qu’on ne peut pas faire.
Si vous voulez découvrir quel profil de négociateur vous êtes — et comment votre style de communication se positionne par rapport aux profils qui vous entourent —, faites le quiz. Je me lance
Poser des limites claires : un acte de communication affirmée
L’une des observations les plus frappantes de Franck concerne la façon dont les Polonais traitent les limites en négociation. Quand il travaillait dans une entreprise avec un tableau blanc derrière lui, il se levait et notait sa limite de prix : « En dessous de ça, ça ne marche plus. » Et la personne en face prenait cette limite pour ce qu’elle était — une donnée réelle, pas un point de départ de jeu.
En France, la même phrase — « je ne peux pas descendre en dessous » — est souvent perçue comme une ouverture de négociation. La conséquence : on recule, et on perd sa crédibilité. C’est pour ça que développer une compétence douce comme savoir poser ses limites avec clarté est aussi une question de style culturel et de communication affirmée — pas seulement de volonté personnelle.
Et ce que j’aime dans cet exemple, c’est qu’il rappelle que la communication affirmée commence bien avant la grande négociation. Elle commence dans les petits engagements du quotidien : l’heure qu’on tient, l’email qu’on envoie en deux phrases, le « non » qu’on dit clairement plutôt que le « je verrai » qui ne rassure personne.
L’assertivité comme compétence interculturelle
Ce que Franck a appris à communiquer plus explicitement avec les Polonais lui a aussi permis de mieux communiquer avec tout le monde — y compris les Français. Parce que la communication affirmée n’est pas une compétence « polonaise ». C’est une compétence humaine que notre culture nous a parfois appris à masquer sous des couches de forme et d’implicite.
Savoir dire ce qu’on pense, tenir ses engagements, formuler ses limites, poser des questions de précision plutôt que d’interpréter en silence : ce sont des compétences qui s’acquièrent, qui se pratiquent, et qui transforment profondément la qualité des relations professionnelles.
C’est aussi en lien direct avec ce que j’explore dans ma série sur la zone de confort : parce que s’exprimer avec plus de clarté quand on a été éduquée à ne pas trop en dire, c’est sortir d’une zone de confort relationnelle bien réelle.
Questions fréquentes sur la communication affirmée interculturelle
Comment développer une communication affirmée quand on vient d’une culture implicite ?
Le premier pas, c’est la prise de conscience. Reconnaître dans quelles situations vous avez tendance à envelopper votre message plutôt qu’à aller droit au but. Ensuite, choisir une situation par semaine où vous testez quelque chose de plus direct : une reformulation, une question de précision, un engagement concret avec une date. Pas besoin de tout changer d’un coup — chaque petite victoire élargit votre registre de communication.
La communication directe peut-elle être perçue comme agressive ?
Elle peut l’être si elle manque de respect ou de considération pour l’autre. Mais la communication affirmée n’est pas la communication brutale. C’est l’association d’une clarté sur le fond et d’une bienveillance sur la forme. On peut dire clairement « ça ne me convient pas » en restant courtois et ouvert. C’est précisément ce que les Polonais maîtrisent bien : la politesse et la franchise ne s’excluent pas, elles se combinent.
Pourquoi les malentendus interculturels persistent-ils même quand on le sait ?
Si les codes de communication directe vous intéressent, j’ai aussi analysé la communication directe en Allemagne — une culture voisine de la Pologne qui partage plusieurs de ces traits, avec ses propres particularités.
Parce que les automatismes de communication sont profondément ancrés — c’est notre « système 1 » qui parle, rapide et inconscient. Le savoir intellectuellement ne suffit pas : il faut pratiquer de nouveaux réflexes jusqu’à ce qu’ils deviennent naturels. C’est pour ça que l’accompagnement de terrain est si important dans les contextes interculturels — on ne change pas un style de communication avec une conférence d’une heure.
Osez une communication plus affirmée — dès demain
La communication affirmée n’est pas réservée aux personnes nées dans les cultures directes. C’est une compétence qui s’apprend, qui se pratique, et qui change profondément la qualité de vos relations professionnelles — et personnelles. Elle commence par un geste simple : choisir de dire clairement ce que vous pensez, plutôt que d’espérer que l’autre comprendra à demi-mot.
Si vous voulez aller plus loin et apprendre à vous affirmer dans les situations qui vous coûtent le plus — poser un non clairement, formuler vos limites, tenir vos engagements sans vous laisser déborder —, je vous invite à rejoindre l’événement en ligne offert DIRE NON. Rendez-vous sur coursdenegociation.fr/direnon/.
