Compétences douces : ce que les JO de Paris 2024 révèlent de la négociation

Compétences douces : ce que les JO de Paris 2024 révèlent de la négociation

Quand Tony Estanguet a ouvert les Jeux Olympiques Paris 2024, son discours vif et léger a touché un point précis : les émotions font partie intégrante du sport, et plus largement, de tout ce que nous vivons en société. C’est exactement le terrain sur lequel se jouent aussi les compétences douces en négociation. Sous la pression d’un moment, d’un lieu, d’un entourage qui attend, d’une équipe, d’une famille ou même d’un pays à représenter, ce qui monte d’abord, ce sont les émotions. Et derrière elles, la façon dont on prépare son mental devient le véritable terrain de jeu.

L’essentiel en bref : les athlètes des JO de Paris 2024 nous rappellent que la performance ne se joue pas seulement le jour J, mais dans la préparation mentale quotidienne qui précède. Comme en négociation, c’est la capacité à accueillir les émotions, à les comprendre comme des messages utiles et à s’entraîner tous les jours qui distingue celles et ceux qui tiennent debout dans les moments décisifs. Les compétences douces ne sont pas un supplément d’âme : elles sont le socle d’une décision lucide.

Ce que les émotions disent du sport et de la table de négociation

Les émotions ne sont pas un bruit parasite : elles font partie de chaque échange entre des êtres humains. Chaque discussion en génère, et nous ne pouvons littéralement pas vivre sans elles. Le neuroscientifique Antonio Damasio a écrit un livre célèbre à propos d’une personne ayant perdu la zone cérébrale responsable des émotions. Le résultat de cette étude est saisissant : sans émotions, cette personne n’arrivait plus à décider, même quelque chose d’aussi simple que ce qu’elle voulait manger.

Autrement dit, les émotions sont une réponse inconsciente, quelque chose sur lequel nous n’avons pas de contrôle direct. Après l’émotion vient le ressenti, puis la pensée, puis la décision. C’est cette chaîne qu’un athlète olympique apprend à reconnaître. Et c’est exactement cette chaîne qu’un négociateur doit aussi maîtriser pour ne pas réagir à chaud, mais répondre avec justesse.

Pourquoi parler d’enthousiasme plutôt que de pression ?

Dans son discours d’ouverture, Tony Estanguet a parlé d’un grand enthousiasme. Le mot revient souvent dans la bouche des athlètes eux-mêmes. Étymologiquement, « enthousiasme » vient du grec et signifie « être inspiré par la divinité » : c’est quelque chose qui nous remplit et qu’on a envie de faire sortir. Là où la pression écrase, l’enthousiasme propulse. À la table de négociation, ce déplacement du regard change tout : on cesse de subir le moment, on s’autorise à y entrer pleinement.

Auriane Mallo-Breton : quand la déception devient un message

Souvenons-nous d’Auriane Mallo-Breton. L’escrimeuse française a été extrêmement proche de remporter l’or face à une adversaire vietnamienne. Au moment de pointer pour gagner le point décisif, la Vietnamienne a été plus rapide et plus forte. Auriane a perdu, et n’a remporté que la médaille d’argent. Lors des compétitions par équipe, elle a joué avec ses trois coéquipières et, à nouveau, c’est elle qui est passée lors du quatrième assaut. Pendant la mort subite, elle a perdu. Elle s’est fondue en larmes et a confié à la télévision : « Je suis déçue, je suis dégoûtée. »

Quand on regarde la scène avec attention, on perçoit une athlète remarquablement préparée physiquement, au point dans la gestion de soi dans l’espace, ancrée dans son équipe. Ce qu’on devine en revanche, c’est qu’il restait probablement un travail psychique et mental à faire : non pas pour éviter de ressentir, mais pour utiliser ce que l’émotion venait dire. La tristesse, le dégoût peuvent être violents et, en même temps, ils apportent des informations précieuses sur ce qui compte vraiment pour nous. Pour aller plus loin sur ce point, vous pouvez comprendre les émotions en négociation : joie, surprise et dégoût.

Le profil 🔥 rouge/Pitta face à l’échec proche

Un profil 🔥 rouge/Pitta vit ce type de moment comme une brûlure. L’envie de gagner, l’intensité, la combativité le rendent terriblement performant, mais la chute peut être brutale lorsque l’objectif est manqué de peu. Apprendre à transformer le feu en carburant durable, plutôt qu’en consumation, fait partie des compétences douces les plus utiles pour ce profil, sur le tatami comme à la table de négociation.

Simone Biles : ce qu’on ne voit pas sur le tapis

Un documentaire diffusé sur Netflix revient sur la préparation de Simone Biles, cette gymnaste américaine qui, pendant les Jeux de Tokyo, a décidé de sortir de la compétition en plein milieu. Personne n’a vraiment compris sur le moment. Ce n’était pas visible : elle ne s’était pas blessée. Elle avait sauté sur le cheval, exécuté un mouvement de haute qualité, et pourtant la note n’était pas au niveau attendu. On voyait que quelque chose n’allait pas, sans pouvoir nommer quoi.

Dans ce documentaire, une intervenante explique très justement que le public a davantage d’empathie pour les athlètes qui se blessent physiquement, parce que la blessure est visible. Quand le trouble est psychique, on ne le voit pas, et il devient beaucoup plus facile de juger. Simone Biles a parlé ouvertement du fait qu’elle est allée chercher une aide thérapeutique, qu’elle a interrompu la compétition pendant un an et demi à deux ans, qu’elle n’est même pas retournée dans la salle de gym pendant cette période. Lorsqu’elle est revenue, elle a repris des exercices comme à la maternelle, tout depuis le début, à zéro.

Cette humilité radicale est une leçon de négociation. Reprendre à zéro, c’est accepter que la maîtrise n’est jamais acquise et que les compétences douces se cultivent comme un muscle qui se déconditionne dès qu’on cesse de s’entraîner.

Le profil 🌀 bleu/Vata et le besoin de cadre

Un profil 🌀 bleu/Vata, mobile, créatif, vif, peut être particulièrement sensible à la charge mentale invisible. Sans cadre extérieur et sans rituels intérieurs, l’agitation prend le dessus. Pour ce profil, prendre l’habitude de respirer pour mieux décider, ou des techniques d’ancrage régulières, deviennent une véritable colonne vertébrale émotionnelle.

L’énergie du public, des Marchand aux frères Lebrun

Les concours de natation autour des Marchand, les matchs de ping-pong des frères Lebrun, toutes ces compétitions où l’on sent vraiment le public soutenir, où monte cet appel collectif, cette énergie sur les toits, témoignent d’une chose simple : l’émotion partagée fait basculer la performance. Elle joue sur qui nous sommes à l’instant présent, mais aussi sur ce qui se passe avec nous quand on ferme la porte, qu’on rentre à la maison, qu’on essaie de prendre une douche et de se coucher le soir, puis le lendemain, puis dans une semaine, puis dans un mois.

Le travail mental, c’est un travail de tous les jours. En négociation, on ne peut pas se préparer uniquement cinq minutes avant le meeting. On ne peut pas se préparer uniquement la veille, ni trois heures avant. C’est exactement comme dans le sport : pour devenir un athlète olympique, on s’entraîne tous les jours, tous les jours, tous les jours. Si vous souhaitez tester un outil pratique de préparation, la méthode mentale W.O.O.P. qui change tout est un excellent point de départ.

Le profil 🌿 vert/Kapha et la régularité comme force

Le profil 🌿 vert/Kapha excelle dans la durée. Patient, posé, fiable, il peut transformer la préparation quotidienne en avantage compétitif majeur. Là où d’autres s’épuisent en explosions ponctuelles, lui tient la cadence. La difficulté, pour lui, c’est d’oser entrer dans l’inconfort. Les compétences douces, ici, consistent à mobiliser une intensité juste sans renier la stabilité naturelle.

La médaille de bronze inattendue : la surprise comme accélérateur

Un article lu pendant le week-end racontait l’histoire d’un athlète arrivé aux Jeux sans réel espoir de podium, parce qu’il finissait toujours quatrième ou cinquième. D’un coup, il décroche la troisième place et la médaille de bronze. Pour quelqu’un qui aurait pu être quatrième, c’est un grand grand événement. Une surprise très forte.

Une psychologue interviewée dans l’article expliquait que ce changement d’état d’esprit, cet enthousiasme et cette joie d’un sportif qui se retrouve sur la troisième marche peuvent être substantiellement plus élevés que l’enthousiasme du médaillé d’or. Pourquoi ? Parce que la médaille d’or, c’est souvent quelqu’un dont on attendait la performance, dont la maîtrise était connue. Celui qui n’avait pas cette attente et qui arrive au podium, c’est lui qui peut tomber en larmes, parce qu’il a gagné une place inattendue.

Ce déplacement du regard est précieux. Plutôt que d’avoir l’attitude du gagnant à chaque coup, qui veut obtenir le maximum à chaque fois, on peut être ici, maintenant, présent, à l’écoute de ce qui se passe à la table, dans une logique où l’on avance ensemble dans la même direction. C’est précisément ce que demandent les compétences douces en négociation. Pour vous y aider, vous pouvez tester la technique des 4 centres pour décider avec clarté.

Un exemple concret : un coup de téléphone qui change la donne

Pour rendre ce parallèle très concret, voici une négociation professionnelle vécue récemment au téléphone. Je faisais connaissance avec un vendeur que je ne connaissais pas. Nous avions juste échangé quelques mails. Je voulais acheter une prestation pour mes collègues. Je lui ai demandé de me présenter son produit, et il s’est senti tellement à l’aise qu’il m’a, en quelque sorte, oubliée.

Il est parti dans des descriptions de services, de paramètres techniques, il m’a posé des questions qu’il pose habituellement à ses clients déjà utilisateurs, sans tenir compte du fait que j’étais là pour valider si son service correspondait aux besoins de mes collègues. Son discours n’était pas adapté à la personne qui écoutait. Sa médaille d’or, en quelque sorte, il croyait l’avoir déjà.

De mon côté, j’ai pris des notes sur les réponses à mes questions, et j’ai pris des notes sur mes perceptions personnelles en écoutant et en observant son comportement face à quelqu’un qu’il ne connaissait pas. À la fin, je lui ai simplement dit : « Merci pour cela, ça répond à mon besoin. » Le lendemain, j’ai reçu un email dans lequel il me remerciait profondément de notre échange. J’ai eu l’impression qu’il avait, lui aussi, appris quelque chose de moi.

Moi, j’étais partie d’une position basse : je ne connaissais pas ce monsieur, je faisais de mon mieux, je posais des questions, on verrait. Je ne sais toujours pas qui décrochera la médaille d’or : c’est à mes collègues de choisir leur prestation parmi cinq propositions. En revanche, je me sens bien, parce que j’ai bien fait mon travail. Pour aller plus loin sur la posture en négociation, vous pouvez explorer le quiz « Trouve ta façon de dire non » en cliquant sur Je me lance.

Pourquoi les compétences douces sont le vrai entraînement quotidien

On peut apprendre tellement de ces athlètes courageux qui ont peur, et qui pourtant font ce qu’ils peuvent et dépassent l’effort. La performance ne vient pas d’une absence d’émotion, mais d’un rapport vivant et entraîné aux émotions. Comprendre que la tristesse, la déception, le dégoût ne sont pas des ennemis, mais des messagers, c’est le cœur des compétences douces.

En négociation, c’est exactement la même chose. On ne se prépare pas la veille. On entretient sa lucidité, sa respiration, son écoute, sa capacité à se mettre à la place de l’autre, jour après jour. Les profils 🔥 rouge/Pitta, 🌀 bleu/Vata et 🌿 vert/Kapha n’ont pas les mêmes leviers, mais ils partagent la même nécessité : un entraînement régulier, patient, presque silencieux, qui se révèle au moment où la pression monte.

Questions fréquentes sur les émotions et la performance

Comment les émotions influencent-elles vraiment la performance sportive ?

Les émotions sont une réponse inconsciente qui précède toute décision. Comme l’a montré Antonio Damasio, sans émotions, nous ne pouvons plus décider, même pour des choix simples. En compétition, elles montent sous l’effet du moment, du lieu et de l’entourage. Bien préparées, elles deviennent un moteur ; non préparées, elles peuvent submerger l’athlète au pire moment.

Pourquoi une médaille de bronze inattendue peut-elle être plus joyeuse qu’une médaille d’or ?

Parce que l’or est souvent attendu d’un champion dont la maîtrise est connue. Le bronze inattendu, lui, est une surprise totale pour un athlète qui finissait quatrième ou cinquième. Le décalage entre l’attente et le résultat décuple l’enthousiasme. C’est ce mécanisme de surprise qui explique pourquoi certains sportifs sur la troisième marche pleurent plus fort que les médaillés d’or.

Que retenir de Simone Biles pour préparer mentalement une négociation ?

Simone Biles a osé s’arrêter, chercher une aide thérapeutique, et tout reprendre depuis le début, comme à la maternelle. Elle nous rappelle que les troubles psychiques ne se voient pas et qu’ils méritent autant d’attention qu’une blessure visible. En négociation, accepter de revenir aux bases, de respirer, d’écouter et de se reconstruire pas à pas est souvent ce qui permet de revenir plus solide et plus juste.

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