Ce que la communication directe nous apprend sur l’assertivité
Polonaise installée en Normandie depuis onze ans, j’ai construit au fil des années un pont entre deux cultures que tout semble opposer dans leur manière de communiquer. Dans cet article, je partage mon regard subjectif — mais nourri d’une expérience quotidienne — sur les différences culturelles entre la Pologne et la France, et sur ce qu’elles nous enseignent en matière d’assertivité, de négociation et de relations professionnelles.
Si vous suivez mon podcast et ma chaîne YouTube, vous connaissez peut-être déjà ma méthodologie d’enseignement des techniques de PNL et des astuces de négociation. Ce que vous ignorez peut-être, c’est que cette méthodologie vient directement de mes origines polonaises et de tout ce que j’ai dû désapprendre — ou plutôt, traduire — pour évoluer dans le monde du travail français.
Je m’appelle Maria, je facilite les cours de négociation et j’ai à cœur, à travers cette plateforme, de vous donner les clés pour mieux communiquer, vous exprimer plus efficacement et devenir la personne que vous souhaitez être. Parce que la façon dont vous êtes capable de dire ce que vous pensez, ce que vous voulez et ce que vous ciblez peut littéralement vous amener là où vous voulez aller.
La culture polonaise : la communication directe comme valeur cardinale
La Pologne est un pays de culture très directe. Les Polonais sont cash. Ce qu’ils disent, ils le font. Il n’est pas question de contourner un sujet pendant dix minutes pour, à la fin, glisser une phrase ambiguë. Non. La méthode polonaise, c’est : « Il y a un problème ? Je te le dis entre les yeux. »
Cette directivité n’est ni de l’agressivité ni de l’impolitesse — c’est une forme de respect. Dire les choses clairement, c’est faire confiance à l’autre pour les recevoir et y répondre sans détour. C’est aussi gagner du temps : le mien, le sien, celui de l’équipe.
« En Pologne, on ne contourne pas. Le problème est nommé, l’enjeu est posé, et la conversation peut avancer. »
Récemment, j’ai publié sur ma chaîne un entretien avec un Français qui vit à Varsovie. Il y partage son regard d’expatrié français en Pologne, et moi le mien de Polonaise en Normandie. C’est l’effet miroir parfait pour comprendre les contrastes culturels qui structurent la communication interculturelle entre nos deux pays.
Mon premier choc culturel en France : le pays de la gentillesse et du pain
Quand j’ai déménagé en France en 2015, ma première perception était double : ce pays était celui de la gentillesse et du pain. Partout, à tout moment, à toute heure : baguette, croissant, pain au déjeuner, pain au dîner. Même quand le plat principal contient des pâtes, il y a du pain à côté. Pour une Polonaise habituée à voir des pommes de terre comme accompagnement quotidien, ce fut un véritable choc.
Autre surprise : le rythme des repas. Les Français mangent à midi, puis attendent vingt heures pour le repas du soir. Pour moi, c’était trop long. En Pologne, le dîner se prend autour de dix-huit heures. Cela permet de mieux digérer, de profiter d’une pause avant de s’endormir, et d’avoir un ventre plus léger au moment du coucher. Une différence anodine en apparence, mais qui révèle deux approches du temps et du soin de soi totalement distinctes.
La haute courtoisie française : entre indirection et bienveillance
Ce qui m’a profondément touchée — et déstabilisée — en arrivant en France, c’est cette approche d’être indirect tout en cultivant une haute courtoisie. Là où en Pologne on tutoie ou vouvoie clairement, en France, on dit très souvent « on ». Cette forme impersonnelle est fascinante : qu’est-ce que la personne craint en n’utilisant ni « tu » ni « vous » ? Veut-elle déléguer implicitement la tâche ? Évite-t-elle l’engagement ?
En polonais, le « on » impersonnel n’existe pas comme outil quotidien. Quand quelque chose doit être fait, quelqu’un le dit explicitement, et la personne concernée est nommée.
Le « bonjour, comment ça va ? » : un rituel inattendu
Quand on dit bonjour en France, on enchaîne quasi automatiquement avec : « Comment ça va ? » ou « Comment allez-vous ? ». Le « salut » seul n’existe presque pas. Le « salut » existe avec ça.
En Pologne, c’est très différent. Il est rare qu’en disant bonjour, on colle immédiatement une question sur l’état de l’autre. Si on se connaît bien, si on est cordial, il y aura cette continuation : « Waouh, je ne t’ai pas vu depuis des siècles ! Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu vas bien ? » Mais ce n’est pas une formule rituelle. C’est une question vraie qui appelle une réponse vraie.
J’ai dû apprendre cette codification française, surtout à l’écrit. Même dans les mails formels, j’ouvre désormais avec : « Bonjour, j’espère que vous allez bien » ou « j’espère que vous avez passé de bonnes vacances ». En Pologne, dans un cadre professionnel, on ne parle pas des vacances de quelqu’un. La personne était en congé, elle est revenue, on parle business. C’est une approche beaucoup plus directe et fonctionnelle.
L’art du small talk en France : prendre la température avant d’agir
Ce qui m’a aussi marquée, c’est la pratique du small talk au téléphone. Quand on appelle quelqu’un en France, il y a deux premières minutes consacrées à prendre la température. On demande : « Avez-vous passé de bonnes vacances ? Comment va chez vous ? Quelle est la météo chez vous ? » On parle de choses hors sujet avant d’aborder le vrai motif de l’appel.
Pour quelqu’un d’aussi structuré que moi — vous le voyez dans mes vidéos qui ont toujours un début, des enseignements au milieu, une récapitulation et une invitation à aller plus loin — cela demande un véritable apprentissage. Les Français prennent leur temps. On commence avec un petit échange informel, et on peut aussi finir sur un échange informel. Cette manière de faire ralentit le rythme mais densifie la relation.
Pendant les repas, c’est pareil. La pause de midi en France, ce n’est pas trente ou quarante-cinq minutes. C’est une heure et demie. On reste à table, on discute, on profite. C’est un temps de socialisation, de respiration, presque rituel.
La pause de midi en Pologne : un mythe
En Pologne, la pause de midi telle que les Français la connaissent n’existe pas. Au bureau, on mange un sandwich devant l’écran et c’est tout. La contrepartie est évidente : on rentre plus tôt à la maison.
La culture polonaise prévoit du temps en famille. On récupère les enfants à seize heures, pas à dix-huit. Et ce ne sont pas toujours les parents qui vont les chercher : très souvent, ce sont les grands-parents — mamies et papys — qui habitent à proximité et qui prennent ce relais. Les générations cohabitent, se voient beaucoup plus souvent, se soutiennent. Avec le télétravail, cette dynamique évolue, mais le tissu intergénérationnel reste un pilier de la vie polonaise.
Valeurs polonaises : famille, honnêteté, sécurité matérielle
Dans la culture polonaise, beaucoup de valeurs gravitent autour de la famille, de l’honnêteté, du temps passé dans la nature, du sport et du soin de soi. Notre rapport à la nourriture est aussi marqué par l’histoire. La Pologne a connu le régime communiste, la privatisation de la nourriture, des magasins quasi vides jusqu’aux années quatre-vingt-dix.
Je suis encore de la génération qui a été élevée sans abondance jusqu’à l’âge de cinq ans environ. Peu de jouets, peu de produits de boutique. Cette expérience collective a façonné la mentalité polonaise. Les Polonais ont besoin d’un garde-manger, de stocks à la maison pour se sentir en sécurité.
La guerre toute proche de la frontière entretient cette vigilance : prix qui peuvent grimper, pénurie potentielle. Pendant le Covid, les longues files d’attente en magasin ont ravivé cette inquiétude. Les Polonais gardent quelque part cette peur du manque, et ils stockent des choses matérielles chez eux par anticipation.
Comment ces différences culturelles façonnent la communication
Toutes ces nuances ont un impact direct sur la manière dont on communique au travail. Pour simplifier la perception — au prix d’une généralisation assumée — on peut dire que :
🔥 Profil rouge — énergie, décision, confrontation directe. Majoritaire en Pologne. Va droit au but, nomme les problèmes, déteste perdre du temps.
🌀 Profil bleu — réflexion, analyse, recherche de consensus. Majoritaire en France. Cultive l’indirection, prend le temps du small talk, soigne la forme.
🌿 Profil vert — relation, écoute, harmonie. Privilégie le lien, l’empathie et la qualité du dialogue avant le contenu de la décision.
Vous voyez bien que ce n’est pas évident de faire dialoguer un profil rouge polonais et un profil bleu français : ils ne sont pas sur les mêmes longueurs d’onde. L’un veut le contenu tout de suite, l’autre veut le contexte. L’un valorise l’efficacité, l’autre la relation.
Se connaître soi-même pour mieux se synchroniser avec l’autre
Pour bien gérer une discussion avec quelqu’un de profil différent du vôtre — qu’il soit d’un autre pays, d’un autre métier, ou simplement d’un autre tempérament — il faut suivre deux étapes essentielles :
- Se connaître soi-même. Comment ai-je tendance à m’expliquer ? Quels mots me viennent ? Quel rythme adopté-je ? Suis-je plutôt direct ou indirect ? Plutôt centré sur le contenu ou sur la relation ?
- Connaître l’autre. Quels sont ses traits de communication ? Qu’est-ce qu’il cherche à obtenir dans l’échange ? À quelles informations est-il sensible ? Comment formule-t-il un désaccord ?
Cette double conscience est le cœur même de la collaboration et travail d’équipe efficace en environnement multiculturel. Sans cette lecture fine de soi et de l’autre, on s’expose à des malentendus permanents : le Français trouvera le Polonais brutal, le Polonais trouvera le Français évasif. Aucun des deux n’aura tort, mais aucun ne sera entendu non plus.
« Connaître son propre style de communication n’est pas un luxe. C’est la première compétence à développer pour négocier avec quelqu’un qui ne fonctionne pas comme nous. »
Le pont entre deux cultures : une compétence professionnelle
Mon parcours franco-polonais m’a appris une chose essentielle : la communication interculturelle n’est pas qu’une affaire de langue, c’est une affaire de codes. Apprendre à dire « bonjour, j’espère que vous allez bien » dans un mail français, ce n’est pas du protocole vide — c’est respecter une convention qui prépare le terrain à l’échange professionnel.
Inversement, oser nommer un désaccord comme un Polonais, sans détour mais sans agressivité, c’est offrir à son interlocuteur un cadeau précieux : la clarté. La clarté permet à la relation d’avancer plus vite et plus sainement, sans non-dits qui s’accumulent.
Ce que mes cours de négociation proposent, c’est précisément cette synthèse : tirer le meilleur de chaque culture, de chaque profil, et bâtir une assertivité qui ne soit ni l’aplatissement français ni la brutalité caricaturée. Une assertivité qui dit non avec respect, qui pose ses limites avec calme, et qui ouvre la conversation au lieu de la fermer.
Quand le contexte interculturel devient une opportunité
Si vous travaillez avec des collègues internationaux, si votre manager est étranger, si votre équipe est multiculturelle, vous vivez quotidiennement ces contrastes. La bonne nouvelle, c’est que les techniques de PNL et les astuces de négociation que je partage sur cette plateforme sont précisément conçues pour vous aider à naviguer entre ces styles. Le profilage rouge / bleu / vert est un outil universel : il s’applique aussi bien à un collègue parisien qu’à un partenaire varsovien ou à un client italien.
L’enjeu n’est pas de devenir « comme l’autre ». L’enjeu est de comprendre suffisamment l’autre pour ajuster ce que vous dites, comment vous le dites, et à quel moment vous le dites. C’est un investissement énorme en termes de qualité relationnelle et de performance professionnelle.
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Ce que la Pologne m’a donné, ce que la France m’a apporté
Ce pont culturel que j’ai construit au fil des onze dernières années est aujourd’hui le socle de mon enseignement. La rigueur polonaise, la directivité, l’efficacité du « cash » se combinent avec l’élégance française, le sens de la nuance, l’art du small talk. Cette synthèse n’est pas un compromis tiède : c’est un enrichissement mutuel.
Si vous êtes vous-même expatrié, si vous travaillez à l’international, ou simplement si vous évoluez dans une équipe où les styles de communication divergent, sachez que ces différences ne sont pas des obstacles. Ce sont des informations. Chaque culture, chaque profil, chaque histoire personnelle vous donne une couche d’information sur la personne en face de vous. À vous de l’utiliser intelligemment.
La formation négociation commence là : par l’observation, par l’écoute, par la curiosité. Par cette volonté de comprendre l’autre avant de chercher à se faire comprendre. C’est exactement ce que je vous propose d’explorer dans le cours offert et dans toutes les ressources de la plateforme.
