Communication affirmée en couple : la phrase à éviter

La communication affirmée en couple ne se joue pas dans les grandes disputes. Elle se joue dans les toutes petites phrases qu’on prononce sans y penser, un dimanche matin devant Booking, quand notre partenaire nous demande notre avis. Il existe une phrase, courte, banale, qu’on entend partout — et qui pourtant abîme la confiance sur le long terme. Une phrase que les partenaires regrettent presque toujours d’avoir dite, une fois qu’ils comprennent l’effet qu’elle produit. Dans cette vidéo et cet article, je vous partage laquelle, pourquoi elle fait autant de tort, et surtout ce qu’on peut dire à la place pour préserver la relation.

L’essentiel en bref : la phrase à bannir, c’est « je m’en fous ». Le psychologue américain Jeffrey Bernstein la décrit comme un couperet dans la relation, parce qu’elle signale un manque d’engagement même quand ce n’est pas ce qu’on voulait dire. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut la remplacer par une formulation bienveillante en quatre étapes, qui exprime ce qu’on ressent vraiment et qui donne à l’autre la reconnaissance qu’il ou elle attend.

Je m’appelle Maria Kulas, je facilite les cours de négociation sur coursdenegociation.fr. Sur ma chaîne, je partage des astuces concrètes pour mieux communiquer, en couple comme au travail. Restez avec moi si vous voulez apprendre à être plus stable et convaincue dans ce que vous dites — sans jamais casser le lien avec la personne en face.

La phrase que les partenaires regrettent d’avoir prononcée

Cette vidéo m’est venue d’un article lu au bon moment dans Psychology Today, un magazine américain que je suis depuis des années. Le psychologue Jeffrey Bernstein y expliquait qu’il existe une seule phrase que les couples regrettent le plus d’avoir dite — pas les grandes phrases dramatiques, non, une petite phrase qu’on lâche entre deux gorgées de café.

Avant de vous la révéler, j’avais posé la question à mon conjoint Olivier. Sa réponse a été très drôle et très humaine : « Je te l’avais dit. » Pour lui, c’était ça, la phrase qui coupe le lien. Ce n’était pas la réponse scientifique de l’étude, plutôt une plaisanterie entre nous. Mais elle dit quelque chose de vrai : chaque couple a ses phrases interdites, celles qui touchent un point sensible.

La phrase identifiée par Jeffrey Bernstein, elle, est encore plus universelle. C’est : « je m’en fous. »

Quand on la prononce, on pense souvent qu’on offre à l’autre de la liberté, qu’on lui laisse le choix. On pense être détendue, cool, arrangeante. Or ce que le partenaire entend, c’est tout le contraire : un désintérêt, un manque d’engagement, la sensation d’être seul dans la décision. Trois mots, et la relation prend une petite fissure qu’on ne voit pas tout de suite. Ce qui rend cette phrase si redoutable, c’est justement qu’elle ne provoque pas de dispute immédiate. Elle s’accumule. Silencieusement.

Pourquoi « je m’en fous » abîme la confiance dans le couple

Le stylo qui n’a plus qu’une seule extrémité

Je vous propose une image qui m’aide à expliquer ce que fait cette phrase. Imaginez un stylo. Un stylo, c’est un objet bien défini dans l’espace : il y a un début et une fin. Une partie qui écrit, une partie qui bouche. Les deux sont liées, les deux sont nécessaires. Un stylo sans son capuchon, l’encre s’évapore. Un stylo sans sa pointe, on ne peut plus écrire. Une seule partie ne fonctionne pas — on jette l’objet à la poubelle, parce qu’il ne sert plus à rien.

Le couple, ou le partenariat, fonctionne exactement pareil. Deux personnes reliées par un projet commun, avec chacune leur rôle, leur place, leur engagement. Quand l’une dit « je m’en fous », elle envoie à l’autre le message que sa partie du stylo n’est plus reliée. Vas-y, débrouille-toi. Cette phrase brise quelque part la confiance qui s’était installée. Ce n’est pas dramatique le premier jour — on prend un autre stylo. Mais demain, si je répète « je m’en fous » dans une autre situation, et après-demain encore, imaginez l’accumulation.

L’effet domino sur la relation

Dans ma pratique de coach, la question qui revient le plus souvent avec les femmes qui viennent me voir, c’est : « Pourquoi mon partenaire ne me consulte plus ? » Souvent, la réponse est là : après avoir entendu quelques « je m’en fous », l’autre a arrêté de demander. Il ou elle a compris qu’il valait mieux décider tout seul, pour éviter la déception. Et à partir de là, chacun avance dans son coin. Ce n’est pas encore un conflit ouvert, mais c’est le début d’un délitement.

Cette phrase transmet trois messages qui font mal, même sans intention méchante : un manque de respect pour l’opinion de l’autre, une indifférence envers son besoin d’être entendu, et une absence de volonté de construire ensemble. Trois messages en trois mots. C’est très efficace, malheureusement dans le mauvais sens. C’est pour ça que la communication affirmée en couple ne peut pas faire l’impasse sur ce genre de signal — les vraies fractures commencent presque toujours par ces micro-décrochages.

L’exemple qui m’a marquée : la réservation d’hôtel avec Olivier

Je vais vous raconter ce qui s’est passé chez moi, il y a quelques semaines, juste avant d’enregistrer cette vidéo. Olivier et moi préparions les vacances de Noël. Il était devant Booking, il avait présélectionné deux hôtels, il me demande : « Est-ce que tu veux l’hôtel A ou l’hôtel B ? »

Je réfléchis. Franchement, les deux me conviennent. J’ai envie de dire quelque chose de simple pour ne pas alourdir sa recherche. Sauf que — et c’est là que ça devient intéressant — avant même que j’aie pu prendre la parole, il me lance : « Tu t’en fous, c’est ça ? »

Cette question m’a stoppée net. Parce que ce n’était pas du tout mon intention. Je n’allais pas dire « je m’en fous ». Je voulais dire quelque chose comme : « Je te fais confiance, je vois l’effort que tu mets pour organiser, les deux options me vont. » Mais lui, dans sa tête, la phrase raccourci « je m’en fous » était déjà arrivée en premier. Un réflexe presque culturel.

Ce petit épisode illustre exactement le piège. On tient à la relation. On veut alléger la charge de l’autre. Mais on n’a pas les mots. On raccourcit. Et ce raccourci-là, « je m’en fous », est perçu à l’inverse de ce qu’on ressent vraiment. Si vous voulez creuser ce type de situations quotidiennes qui font trébucher les couples les plus solides, j’ai listé plus en détail les quatre pièges de la communication affirmée en couple — celui-ci en fait clairement partie.

Les 4 étapes de la communication bienveillante pour remplacer « je m’en fous »

La bonne nouvelle, c’est qu’on a un cadre très solide pour formuler autrement. Je m’appuie sur la méthode de la communication non-violente en 4 étapes, développée initialement par Marshall Rosenberg. À la place de trois mots qui coupent, on prend quinze secondes pour envoyer un message qui tient debout. Voici comment.

1. Parler en « je » et nommer son ressenti

Le premier réflexe à installer, c’est de commencer sa phrase par « je » et pas par « tu » ni par un mot neutre. Ça change tout. « Je m’en fous » — la forme est en « je », mais le contenu est vide. On peut dire à la place : « Je me sens à l’aise avec les deux options », ou « Je suis reconnaissante que tu t’en occupes ». On parle de soi, on partage un état intérieur. Le partenaire n’a plus l’impression de recevoir un renvoi, il reçoit une information sur ce que vous ressentez à cet instant.

2. Reconnaître l’effort de l’autre

La deuxième étape, c’est celle qui répare le plus. Reconnaître, même en une phrase, ce que l’autre a déjà fait. « Je vois que tu as investi du temps dans cette recherche, merci. » « Tu as regardé plusieurs options, ça me touche. » Cette reconnaissance n’est pas une politesse superficielle — c’est le signal que vous êtes présente, que vous voyez l’effort, que la personne n’est pas seule dans la décision. C’est exactement le contraire de « je m’en fous ».

3. Exprimer clairement son besoin

Troisième étape : dire ce qu’on veut vraiment, en positif. « Mon besoin, c’est qu’on passe un bon moment ensemble, peu importe l’hôtel. » « Ce qui compte pour moi, c’est de ne pas surcharger la préparation. » Formulé comme ça, votre partenaire comprend d’où vous parlez. Il ou elle peut ajuster, proposer, choisir en connaissance de cause. Il n’y a plus d’ambiguïté à interpréter.

4. Formuler une demande ou un engagement

La dernière étape ferme la boucle. On peut soit s’engager à faire quelque chose : « Je m’engage à vérifier les horaires de train si tu réserves l’hôtel. » Soit formuler une demande claire : « Est-ce que tu peux m’envoyer le lien pour que je jette un œil aux photos ? » On sort du flottement. Chacun sait ce qu’il fait, chacun se sent utile, la décision avance ensemble.

Si tout cela vous parle et que vous voulez commencer par un premier pas, faites le quiz sur mon site — vous découvrirez votre profil de communication (Rouge, Bleu ou Vert). C’est court, c’est instantané, et ça vous donne déjà un miroir sur la façon dont vous formulez vos phrases à la maison comme au travail. Cliquez sur Je me lance pour y accéder.

Ce que ça change concrètement dans la relation

Quand on retire « je m’en fous » du vocabulaire du couple, il se passe trois choses observables assez vite. La première, c’est une meilleure compréhension mutuelle — on évite les malentendus, l’autre n’a plus besoin de deviner. La deuxième, c’est un climat de confiance renforcée, parce que le partenaire se sent respecté et valorisé dans ses efforts. Et la troisième, c’est une communication qui devient plus fluide : puisqu’on n’utilise plus les phrases explosives, on ouvre la voie à des échanges plus construits, plus posés, plus courts aussi.

Ce que je vois en accompagnement, c’est que ce petit changement — passer du raccourci « je m’en fous » à une phrase en « je » un peu plus longue — a un effet disproportionné. En deux ou trois semaines, les femmes que je coache me racontent que leur partenaire recommence à leur demander leur avis. La communication reprend, tout simplement.

Questions fréquentes sur la communication affirmée en couple

Est-ce que « je m’en fous » veut toujours dire la même chose ?

Non, et c’est justement le problème. Pour la personne qui la prononce, cette phrase peut vouloir dire « je te fais confiance », « choisis, moi je suis bien avec tout », ou tout simplement « je n’ai pas d’avis marqué ». Pour la personne qui la reçoit, le message qui arrive est très différent : elle entend un désintérêt, une mise à distance. Ce décalage entre l’intention et la perception est ce qui rend cette phrase si dangereuse dans la durée.

Comment répondre quand mon partenaire me demande mon avis et que je n’en ai pas ?

Vous avez le droit de ne pas avoir de préférence marquée. Ce qui compte, c’est de le dire autrement. Dites-le en « je », avec de la reconnaissance : « Je te fais confiance là-dessus, les deux options me vont, merci d’avoir cherché. » En quinze mots au lieu de trois, vous avez transmis exactement le même message de fond — mais l’autre reçoit un signal d’engagement au lieu d’un signal de retrait.

Ces techniques marchent-elles aussi au travail ?

Complètement. La communication affirmée est la même compétence, qu’on l’exerce à la maison ou en réunion. Un « je m’en fous » lâché à un collègue qui vous demande votre avis sur un livrable produit exactement le même effet qu’à la maison : la personne arrête de vous consulter. Les quatre étapes — parler en « je », reconnaître, exprimer son besoin, formuler une demande — forment la base de la communication assertive dans tous les contextes.

Une nouvelle façon de parler à celui ou celle qu’on aime

La qualité d’un couple ne se mesure pas dans les grandes déclarations. Elle se mesure dans les petites phrases du quotidien, celles qu’on lâche sans y penser en préparant les vacances, en choisissant un restaurant, en organisant le week-end. « Je m’en fous » est probablement la plus coûteuse d’entre elles, parce qu’elle donne au partenaire l’impression d’être seul au moment même où il cherchait votre compagnie.

La remplacer par une phrase en « je », courte, avec de la reconnaissance et un besoin exprimé, ne coûte rien. C’est une compétence qui s’apprend, se répète, s’affine avec le temps. C’est ça, pour moi, le cœur de l’affirmation de soi : savoir dire ce qu’on pense, sans blesser, sans se rétracter, sans casser le lien. C’est une compétence douce au sens plein du terme — douce, mais absolument centrale.

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