Affirmation de soi : ce que le cheval révèle de votre posture
Il existe des miroirs qui ne mentent pas. Pas ceux que nous tendons à nos collègues quand ils nous renvoient une politesse de surface, ni ceux que nous nous tendons à nous-même quand l’image ne nous convient pas. Un autre type de miroir, plus sincère, plus immédiat, plus juste : un cheval, debout dans une carrière, qui ne réagit qu’à ce que tu es vraiment. C’est ce que m’a expliqué Sandrine Baudrie, équicoach et fondatrice de Ienco, lors de notre dernier échange. Et c’est ce qui m’a donné envie d’écrire ce qui suit, autour d’une idée simple : l’affirmation de soi ne se décrète pas, elle s’expérimente — et les chevaux, à leur manière, sont d’extraordinaires révélateurs.
Quand un cheval devient un coach
Sandrine n’a pas commencé sa vie professionnelle avec les chevaux. Elle est ingénieure chimiste de formation. Elle a passé ses premières années en industrie, en laboratoire, à travailler avec la matière. Très technique, très cadrée. C’est il y a six ans que tout a basculé : elle a rencontré son cheval et a compris que cet animal pouvait devenir un outil de développement d’une puissance rare pour celles et ceux qui sont amenés à manager, qu’il s’agisse d’humains ou de projets.
De cette intuition est née l’équicoaching telle qu’elle la pratique. Il y a deux ans, elle a fondé Ienco pour accompagner managers, équipes, entrepreneurs et particuliers à travers des ateliers immersifs avec son cheval. Une parenthèse essentielle, qu’elle tient à poser dès le départ : il ne s’agit pas d’équitation. On ne monte pas. Aucun prérequis équestre. Tout se passe à pied, à distance du cheval. On n’est même pas obligé de le toucher. Ce qu’on vient chercher, ce n’est pas une compétence technique : c’est une relation.
Le cheval, miroir des compétences douces
Pourquoi le cheval ? Parce qu’il est une proie. Et qu’à ce titre, il vit en hypervigilance permanente. Ce qui compte pour lui, c’est le confort et la survie. Il scanne très rapidement qui il a en face de lui. Il porte une attention rare à la qualité de la relation. On pourrait dire qu’il dispose d’une intelligence émotionnelle qui dépasse de loin la nôtre quand nous sommes pris dans nos masques sociaux.
Concrètement : si une personne n’est pas sûre d’elle, si elle hésite, si elle n’est pas claire dans sa communication, le cheval ressent l’hésitation et ne bouge pas. Sandrine raconte ces moments précis où, dans la carrière, le cheval prend la place que la personne aurait dû occuper. Comme s’il disait : « Si tu n’occupes pas ton espace, je vais l’occuper. »
Puis vient le bel instant. Une pause. On met des mots sur ce qui s’est joué. La personne ajuste son intention, sa posture, son alignement intérieur. Et, comme par magie, le cheval bouge à son tour, retrouve sa place et la relation de confiance s’installe. C’est exactement à ce niveau-là que l’équicoaching touche les compétences douces — la confiance en soi, l’affirmation de soi, l’assertivité, la capacité à poser ses limites et à occuper sa place sans agressivité.
Mon expérience : la jument noire qui ne reculait pas
Pour ne pas parler dans le vide, je raconte un souvenir personnel qui résume tout. Une jument noire. Je voulais qu’elle recule. J’ai poussé avec mon corps. Je me suis presque collée à ses naseaux. Rien à faire. Cette jument pèse beaucoup plus qu’une petite Maria, et elle n’avait aucune intention de me concéder ne serait-ce qu’un demi-pas.
Ce qui m’a frappée, ce n’est pas mon échec technique. C’est la similitude avec ce qui se passe en réunion. Les chevaux ont des tempéraments, des humeurs. Ils ressentent les émotions, ils ne jugent pas, ils ne se projettent ni dans le passé ni dans le futur. Ils sont dans le ici et maintenant. Et eux non plus n’avancent pas si la personne en face n’est pas claire. Ils attendent du confort, de la clarté, de l’alignement et la force d’une intuition. Comme un interlocuteur humain, en fait. Sauf que le cheval, lui, ne fait pas semblant.
Trois profils, trois rapports à l’espace
Le cheval réagit avec une précision étonnante à la posture. C’est ce qui m’a frappée dans le récit de Sandrine, parce que je retrouve, dans cette grille animale, exactement les trois profils que j’utilise pour cartographier nos manières de communiquer.
🔥 Le profil rouge (Pitta) entre dans la carrière en imposant. Il décide. Il va vite. S’il n’ajuste pas, le cheval peut le suivre par contrainte, mais la relation n’est pas vivante. Pour un Rouge, l’apprentissage consiste à ralentir, à proposer plutôt qu’imposer.
🌀 Le profil bleu (Vata) entre en mouvement, papillonne, change de direction. Le cheval, en face, ne comprend pas où on l’emmène et reste planté. Pour un Bleu, l’apprentissage consiste à stabiliser son intention avant d’agir.
🌿 Le profil vert (Kapha) entre doucement, observe, cherche l’harmonie. Si l’intention n’est pas affirmée, le cheval prend tranquillement la place laissée libre. Pour un Vert, l’apprentissage consiste à oser occuper son espace sans craindre de heurter.
Connaître son profil change la lecture de toutes les conversations professionnelles. Tu identifies d’où viennent tes points forts naturels et tu repères quels sont les angles morts à travailler. Je me lance sur le quiz du site est un bon point de départ : quelques minutes, et tu repars avec une lecture qui éclaire ta posture, exactement comme un cheval le ferait — sans le foin, sans le froid, sans la cire pour les bottes.
Pourquoi tester en immersion plutôt que comprendre intellectuellement
L’un des apports du travail avec le cheval, c’est l’expérience. Sandrine insiste sur ce point. Beaucoup de coachings se font à distance, à juste titre. Mais ce que l’équicoaching ajoute, c’est l’immersion. Le ressenti dans le corps. Le feedback immédiat. Tu modifies ton intention, et trente secondes plus tard, le cheval se met à bouger.
Ce retour express, on l’obtient rarement dans la vie quotidienne. Au travail, on doit attendre qu’un manager te fasse un retour structuré, qu’un collègue te dise ce qu’il a perçu, qu’un client revienne après réflexion. Toutes ces boucles sont longues. Avec le cheval, la boucle se ferme en quelques secondes. Tu sens immédiatement ce qui marche dans ta posture, et ce qui ne marche pas.
Cette expérimentation rapide accélère l’intégration des compétences douces d’une façon que la théorie seule n’atteint pas. C’est pour cela que Sandrine parle d’ateliers expérientiels : on passe par le faire, par le ressenti, par la prise de conscience corporelle, avant de remettre des mots dessus.
Amplifier les forces plutôt que pointer les faiblesses
Une question que je lui ai posée m’intéressait particulièrement : est-ce que le cheval aide à gérer nos points faibles, ou est-ce qu’il amplifie nos points forts ? Sa réponse a été nette. Le cheval est un miroir grossissant — mais pas déformant. Il renvoie nos faiblesses sous la loupe, mais il renvoie aussi nos forces avec la même puissance. Et le travail consiste à s’appuyer sur ces forces plutôt qu’à boucher les trous.
Ce déplacement est plus important qu’il n’y paraît. Beaucoup d’entre nous arrivent en coaching avec l’idée qu’il faut « se réparer ». Or, dans l’expérience que Sandrine décrit, le cheval ne valide pas une réparation. Il valide une posture juste. Et une posture juste, c’est quelqu’un qui s’appuie sur ce qu’il est, pas quelqu’un qui essaie de devenir un autre.
Ce que le cheval ne regarde jamais
Le cheval ne se fie pas du tout au statut. Il n’a pas d’ego. Il se moque éperdument de ton titre, de ton poste, du nombre de personnes que tu encadres. Cette indifférence sociale est précieuse. Elle nous rappelle quelque chose que nos environnements professionnels nous font parfois oublier : ce qui compte dans la relation, ce ne sont ni le grade, ni le diplôme, ni la signature de l’email.
Ce qui compte, en revanche, et le cheval le perçoit immédiatement : l’intention, la cohérence — ce que Carl Rogers appelait la congruence — entre ce qu’on dit, nos vraies valeurs, ce qu’on porte au fond du cœur et ce que notre corps exprime. Quand ces trois plans s’alignent, le cheval avance. Quand ils ne s’alignent pas, il reste.
Cohésion d’équipe : le cheval réagit au système
Une dimension qui m’a interpellée : le travail collectif. Quand un groupe entre dans la carrière, le cheval ne réagit pas à la somme des individus. Il réagit au système. À la dynamique commune. À la cohésion réelle ou apparente. Et c’est terriblement révélateur.
Cela explique pourquoi l’équicoaching est devenu un outil prisé des entreprises pour développer la cohésion d’équipe. Tu peux passer trois heures en salle à discuter de valeurs partagées : si l’équipe n’est pas alignée en profondeur, le cheval ne bouge pas. Tu peux passer trente minutes ensuite à ajuster la posture commune : si l’alignement se fait, le cheval se met en mouvement. C’est un baromètre relationnel sans flatterie.
Une vie, une posture
Sandrine et moi sommes tombées d’accord sur un point essentiel : on ne peut pas se dissocier. On ne peut pas être quelqu’un au travail et quelqu’un d’autre à la maison. L’équilibre vie pro / vie perso est presque une illusion, parce qu’on n’a qu’une seule vie. Que l’on porte la casquette de mère, de sœur, de fille, de manager, de cliente ou de fournisseuse, c’est la même personne qui vit toutes ces fonctions.
Ce qui fragilise tant de personnes que je rencontre, c’est précisément cette tentative permanente de se couper en morceaux pour rentrer dans des cases. Or, l’affirmation de soi demande l’inverse : retrouver l’unité. Une posture qui tient debout dans le bureau comme à la maison. Une intonation cohérente, peu importe le contexte. Une assertivité qui ne change pas selon qu’on parle à un manager ou à une amie.
Le « non » qui protège la relation dans la durée
L’un des fils rouges qui revient dans tous les coachings que je facilite — et dans ceux que Sandrine accompagne — c’est cette force de savoir dire non à certaines choses. Poser le cadre. Tenir une limite. Retrouver un équilibre quand la machine s’est emballée.
Ce n’est pas un « non » brutal. Ce n’est pas un « non » de rivalité. C’est un « non » qui dit, en creux : je tiens à cette relation suffisamment pour ne pas la laisser m’épuiser, parce qu’une relation épuisée ne tient pas. Un cheval comprendrait ce « non » instantanément. Beaucoup d’humains mettent des années à l’entendre.
Continuer à se choisir : le pas d’après
Si ce que tu viens de lire te parle, si tu sens que ta posture mérite d’être ajustée, que tes limites méritent d’être formulées, que ton « non » mérite d’être plus clair, alors l’événement en ligne offert DIRE NON est pour toi. Tu y trouveras les outils concrets pour poser tes limites sans heurter, défendre ton temps sans te justifier, et incarner une affirmation de soi qui s’enracine dans ce que tu es déjà — comme un cheval te le confirmerait, sans dire un mot.
